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08.06.2016 – Etienne Blanc, maire de Divonne-les-Bains et 1er vice-président du Conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes

Etienne Blanc, maire de Divonne-les-Bains et 1er vice-président du Conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, a longuement répondu aux questions des membres d’Alprail, le mercredi 8 juin, à Divonne-les-Bains. Lors de son intervention, l’ex-député à l’Assemblée nationale (LR) a détaillé les difficultés rencontrées dans la collaboration transfrontalière entre les autorités suisses et françaises. Le processus de prise de décision, compliqué aux alentours du Léman, rend difficile la création d’une agglomération cohérente autour de Genève, a-t-il constaté.

Etienne Blanc est aujourd’hui chargé des finances et des affaires transfrontalières pour la région Auvergne-Rhône-Alpes. Il explique avoir participé, dès 2003, aux premiers travaux pour la création d’une agglomération genevoise. Selon lui, et même si d’autres aspects comme l’économie ne sont pas à négliger, ce développement passe forcément par une politique commune liée aux transports. «A cette époque, il y avait un véritable constat d’une métropolisation des sociétés occidentales, raconte-t-il. Berne proposait aux acteurs français de davantage collaborer, et principalement sur la question des transports. Je me suis alors rendu compte que le développement d’une région franco-valdo-genevoise n’avait aucun sens sans mettre cette problématique au centre. Sans communication ni mobilité efficace, c’est impossible. On ne peut même pas créer une identité commune.»

Mais très vite, l’élu régional se rend compte des complications liées au processus de décision. En France, chaque décision en matière de transports nécessite l’implication de nombreux acteurs, à plusieurs niveaux de l’Etat. Cette superposition ralentit les dossiers et provoque parfois l’incompréhension entre les autorités suisses et françaises. «Pour bâtir un tel projet d’agglomération, il faut avoir la compétence des transports, pouvoir décider, explique-t-il. Cela nécessiterait de créer une autorité centrale, rassemblant les principaux acteurs, mais surtout les représentants des deux Etats, car rien ne se fait sans ce niveau-là.» Mais malgré ce handicap au niveau décisionnel, la région franco-valdo-genevoise a franchi un cap important ces dernières années avec la construction du Léman Express, rappelle-t-il. Un chantier extrêmement important qui structurera la région et son réseau ferroviaire à l’avenir. «Les pouvoirs publics français et suisses auraient dû collaborer bien plus tôt sur ce dossier, car cela va vraiment être une révolution», dit-il, enthousiaste.

Reste un projet qu’Etienne Blanc juge désormais prioritaire. La ligne ferroviaire du pied du Jura, qui n’est aujourd’hui plus exploitée, mais qui devra être réhabilitée, assure-t-il. Son usage principal concernait le transport de déchets ménagers. «Il y a d’autres activités qui pourraient s’ajouter, poursuit-il. Il faut aujourd’hui prouver la crédibilité du projet en montrant que cette ligne peut être amortie, surtout par le transport de marchandises. Mais une fois cette opportunité créée, nous pourrons alors réfléchir à l’opportunité d’y déplacer des personnes. C’est l’objectif complémentaire, à long-terme.» Etienne Blanc qualifie ce projet de «très porteur», même si les financements ne sont aujourd’hui pas assurés. Une étude est actuellement menée afin de définir la faisabilité d’une réhabilitation de la ligne du pied du Jura. «Nous allons nous battre avec les conseillers départementaux, afin que l’inscription de ce projet soit sanctuarisée, ajoute-t-il. Favoriser le transport de personne est une question cruciale. Actuellement, la région souffre de ne pas pouvoir se déplacer efficacement. Le développement du ferroviaire est évidemment une réponse.

Sa présentation introductive s’achève. Vient le moment des questions. La première concerne justement la ligne du pied du Jura, et plus généralement les projets de l’agglomération genevoise. Alors que les régions françaises viennent d’être remodelées, comment s’assurer que celle d’Auvergne-Rhône-Alpes donnera une importance suffisante aux projets aux alentours de Genève? L’attitude du Conseil régional va-t-elle changer? «Il y a bien sûr des projets considérés comme prioritaires, répond Etienne Blanc. Le contournement est de Lyon, ou les travaux à la gare de Part-Dieu en sont. On peut aussi citer la liaison Clermont-Paris. Mais je pense que le développement ferroviaire au pied du Jura vient juste après. On est en tout cas dans le peloton de tête. La Région n’a effectivement pas les moyens de tout faire. Il manque entre 200 et 300 millions d’euros. Des lignes devront être abandonnées. Mais le projet gessien implique une forte augmentation des usagers, du trafic et de l’activité économique. Il est parfaitement défendable. Ce territoire a le plus fort taux de croissance démographique de la Région. Davantage qu’en Haute-Savoie. Ça compte. Et le président Laurent Wauquiez a tout de même mis un élu du Pays de Gex pour s’occuper des questions transfrontalière. On peut s’en réjouir.»

Les sujets abordés ensuite ont principalement concerné les problématiques de collaboration entre les autorités suisses et françaises. Etienne Blanc a notamment regretté le déficit de solidarité, parfois, entre le centre de l’agglomération, c’est-à-dire Genève, vis-à-vis de sa périphérie. «Bien sûr qu’il y a l’enveloppe de compensation annuelle, d’environ 270 millions d’euros qui sert pour développer certains travaux de mobilité. Mais ça n’est pas suffisant, compte tenu des besoins de la région, déplore-t-il. La coopération entre nos deux pays a toujours avancé, mais souvent par palier. Des fois elle va à une vitesse folle, et elle dégringole parfois.» Il semblerait que la période actuelle ne soit pas la plus efficace sur ce plan. Les questions ont été nombreuses et intéressantes, tout comme les réponses. En tout, Etienne Blanc a passé près d’une heure et demie à converser avec les membres d’Alprail.